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On peut considérer que, tout comme James Dean et Marlon Brando, Montgomery Clift a inauguré un nouveau style d'acteur, une façon « moderne » de jouer. C'était apparemment un homme aussi torturé dans son existence personnelle que dans ses interprétations à l'écran, mais, précisément, cette angoisse intérieure conférait à son jeu une intensité que peu d'autres comédiens ont su rendre. Son personnage cinématographique exprimait un mélange de souffrance, d'ambition et de désir frustré : on en trouve en quelque sorte l'écho dans la brièveté de sa carrière cinématographique, qui ne comporte que dix-sept films en dix-huit ans. Quelques-uns de ses rôles définiront encore mieux cette image tourmentée : coureur de dot repoussé par Olivia de Havilland dans l'Héritière, il projette de tuer sa fiancée pour mieux réussir son ascension sociale dans Une place au soleil; lié par son serment de prêtre, il ne peut dénoncer l'auteur d'un meurtre dans la Loi du silence, et même quand il incarne un cow-boy (dans son premier film, qui est peut-être le meilleur, la Rivière Rouge), c'est un cow-boy introverti et angoissé. Presque toujours, Clift est un perdant ou un vaincu : victime du système militaire dans Tant qu'il y aura des hommes, de sa propre conscience dans le Transfuge et d'Elizabeth Taylor dans l'Arbre de vie. N'ayant joué que de bons rôles et presque uniquement dans de bons films, cet acteur exceptionnel eût dû devenir une star de première grandeur, et l'on a presque l'impression qu'il a essayé systématiquement de saboter sa propre carrière.


Né le 17 octobre 1920 à Omaha, dans une famille bourgeoise qui devait son aisance aux activités bancaires du père. Enfant sensible aux grands yeux verts, et presque trop beau pour un garçon, il va, très tôt, souffrir d'être la chasse gardée de sa mère, qui va le modeler selon ses fantasmes. Et le jour où ses fantasmes coïncideront avec la révélation tardive de ses origines aristocratiques, elle n'aura de cesse de l'éduquer en fonction de son prestigieux pedigree, malgré le mépris témoigné par la famille, que cette parenté accidentelle embarrasse. En mai 1928, accompagnée de son fils et d'une gouvernante, Mme Ethel « Sonny » Clift embarque pour un séjour « culturel » de neuf mois en Europe, pendant lequel Edward sera initié aux arts nobles et aux belles manières. Quand il rentre au pays, l'enfant se retrouve en décalage social par rapport à ses camarades. Son père est à ce point épouvanté du résultat de ce dressage qu'il envisage de l'inscrire dans une académie militaire. Mais sa femme s'y oppose. Et même quand le krach boursier de 1929 viendra grever les revenus de la famille, Mme Clift ne réduira en rien leur train de vie aristocratique. De cette époque date le label de « misfit » (inadapté), qui ne devait jamais plus quitter son fils.
En Floride, où les Clift vivent au-dessus de leurs moyens, le hasard fait de l'enfant de 12 ans le figurant d'un spectacle théâtral. Un engagement ponctuel qui deviendra bientôt l'ambition d'une vie, aussitôt relayée par sa mère, qui va s'insinuer, dès leur retour à New York, dans tous les théâtres de Broadway pour lui décrocher un rôle. Une insistance payante, qui lui vaut, en 1935, son premier rôle. Son premier moment de pur plaisir également, malgré la pression maternelle. Dix années durant, Monty restera ainsi attaché à l'univers de la scène new-yorkaise, tandis que son chaperon guidera ses choix artistiques, filtrera ses relations et le poussera à ses premiers flirts, ignorante, ou du moins le laisse-t-elle penser, des inclinations sexuelles de son fils. En vérité, c'est moins l'homosexualité qui gênait Monty que de feindre la norme. En 1945, la reconnaissance de ses pairs et de la critique lui a donné suffisamment d'assurance pour s'émanciper de l'étouffante tutelle maternelle. Ces trois années qui le séparent de Hollywood seront les plus heureuses de sa vie. Libre, beau, à l'aise sur la scène de Broadway et encore
préservé de la curiosité publique, il est aussi protégé par la relative tolérance du milieu new-yorkais.
Portée par la rumeur, sa renommée parvient à Hollywood, où Howard Hawks lui propose le rôle de Matthew Garth dans « La rivière rouge ». Pour impressionnante que soit l'ombre portée de John Wayne, elle ne l'empêche pas d'imposer d'emblée son jeu frémissant, tout en intériorité et en retenue. Dès son deuxième film, il est nommé à l'Oscar, et « L'héritière » le confirme en dandy romantique et ténébreux. Quand if plonge avec intensité ses magnifiques yeux verts dans ceux d'Olivia de Havilland, il n'est de spectatrice qui ne ressente comme personnelle l'attention qu'il lui prête. Mais cette curiosité indiscrète qu'il génère lui pèse d'autant plus qu'il sait pertinemment qu'il est tout le contraire de l'image qu'il projette. Et de feindre l'Américain hétéro, droit dans ses baskets, au bras des beautés que le studio lui impose le crucifie. Pour compenser ce qu'il vit comme une aliénation de sa personnalité, il entame un commerce avec l'alcool qui va s'avérer désastreux au fil des années, surtout dès l'instant où il sera couplé à la drogue et aux médicaments. Si « Une place au soleil » et son rôle d'arriviste comptent parmi ses plus puissantes compositions, ce drame de George Stevens marque aussi le début de son chemin de croix. Non seulement les bourgeoises américaines voient en lui le gendre idéal, beau, propre et lisse, mais Elizabeth Taylor, sa partenaire, s'éprend sincèrement de lui. La Paramount y voit l'occasion d'une juteuse publicité et monte l'affaire en épingle. Pour Monty, la pression est intolérable. Intelligente et fine, la comédienne comprendra très vite la stérilité de sa passion. Mais, séduite par l'homme, sa fragilité et sa culture, elle devait lui garder une amitié qui, plus d'une fois, le sauvera du pire. Entretemps, mal à l'aise dans le vivier hollywoodien, Montgomery Clift regagne aussi souvent que possible New York, où il fréquente la pépinière de l'Actors Studio.


Malheureux, Monty ne devait jamais l'être autant qu'après cette année 1956, lorsque, au sortir d'une soirée chez Elizabeth Taylor, alors qu'ils viennent d'entamer le tournage de « L'arbre de vie », le mal nommé, il percute un platane au volant de sa voiture. Un accident dont il sortira vivant mais défiguré. « Réparé » tant bien que mal par la chirurgie esthétique, il laissera, dans cette mésaventure,sa jeunesse et sa beauté. Frappé d'une semi-paralysie, son visage aura dorénavant la rigidité d'un masque de cire, tandis que son regard, autrefois si vif, conservera cette expression hagarde qu'on lui connaît dans ses derniers films. Chaque rencontre avec son double dans un miroir le précipite davantage dans la dépression, et son attitude sur les plateaux est de moins en moins prévisible. « Il est si souvent ivre qu'il ne peut presque plus jamais travailler l'après-midi », juge Edward Dmytryk. « Il n'est plus qu'une masse de tics, à force d'absorber de la codéine mélangée à du brandy », renchérit Joseph Mankie-wicz. Même Kazan, qui l'estime, ne l'engage pour « Le fleuve sauvage » que parce qu'il ne peut avoir Brando. Devenu un risque pour les producteurs, il ne doit qu'à l'intercession de ses amis d'être engagé.

Pourtant, les cinq films qu'il a tournés après cela ont tous été remarquables, mais après avoir incarné Freud dans Passions secrètes (1962), il s'est éloigné des studios pendant quatre ans et n'y est revenu qu'en 1966 pour tourner le Transfuge, qui devait être son dernier film. Il est mort d'une crise cardiaque la même année.

HOWARD HAWKS...LA RIVIERE ROUGE...RED RIVER...1948


FRED ZINNEMAN...LES ANGES MARQUES...THE SEARCH...1948
WILLIAM WYLER...THE HEIRESS...L'HERITIERE...1949
GEORGE SEATON...LA VILLE ECARTELEE...THE BIG LIFT...1949
GEORGE STEVENS...UNE PLACE AU SOLEIL...A PLACE IN THE SUN...1951
ALFRED HITCHCOCK...LA LOI DU SILENCE...I CONFESS...1952


VITTORIO DE SICA...STATION TERMINUS...STAZIONE TERMINI...1953
FRED ZINNEMAN...TANT QU'IL Y AURA DES HOMMES...FROM HERE TO ETERNITY...1953


EDWARD DMYTRYK...L'ARBRE DE VIE...RAINTREE COUNTY...1957


EDWARD DMYTRYK...LE BAL DES MAUDITS...THE YOUNG LIONS...1958
VINCENT J DONEHUE...COEURS A LA DERIVE...LONELYHEARTS...1958
JOSEPH L MANKIEWICZ...SOUDAIN L'ETE DERNIER...SUDDENLY LAST SUMMER...1959


ELIA KAZAN...LE FLEUVE SAUVAGE...WILD RIVER...1960


JOHN HUSTON...LES DESAXES...THE MISFITS...1961
STANLEY KRAMER...LE JUGEMENT DE NUREMBERG...JUDMENT AT NUREMBERG...1961
JOHN HUSTON....FREUD PASSIONS SECRETES...FREUD...1962


RAOUL LEVY...L'ESPION....1966

MONTGOMERY CLIFT

MONTGOMERY CLIFT

Tag(s) : #ACTEURS

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