J'AI TUÉ JESSEE JAMES

Publié le par cinestranger

J'AI TUÉ JESSEE JAMES



 U.S.A. 1948

RÉALISATEUR :SAMUEL FULLER, d'après un article de Homer Croy.

Avec

Preston Foster(John Kelley), Barbara Britton (Cyntery Waters), John Ireland (Bob Ford), Reed Hadley (Jessee James), Victor Kilian, Barbara Woodell, Tom Tyler, Tom Noonan.


Pour être en mesure d'assurer à Cyntery, la femme qu'il aime, la vie paisible qu'elle désire, le bandit Bob Ford décide de tuer son meilleur amie. Jessee James, le  bandit bien aimé, dont la tête est mise à prix. Une fois son crime accompli (par derrière, conformément à la légende), Bob Ford est poursuivi par la culpabilité de son geste, qui lui vaut une sinistre réputation parmi les populations du Kansas.

Cyntery, qui méprisait Jessee James à cause de l'existence criminelle qu'il faisait subir à sa femme, le méprise à son tour, et lui préfère l'honnête John Kelley. Celui-ci tente d'expliquer à Bob Ford que Cyntery ne l'aime pas, mais en pure perte : avec le maigre argent de la prime, Bob Ford a déjà acheté la bague de fiançailles destinée à sceller leur amour. Au cours d'une représentation théâtrale où Bob Ford reproduit en public la scène fatale de son haut fait, il est à son tour abattu par Kelley, et devient, à son insu, la victime d'un destin analogue à celui de son trop célèbre ami, dont il contribuait avec ferveur à perpétuer le culte dérisoire.

Pour sa première réalisation, le grand Samuel Fuller, qui donnera plus tard au western des années cinquante, deux de ses titres les plus originaux (Quarante tueurs, Le jugement des flèches) tourne résolument le dos à la traditionnelle biographie légendaire des grands bandits de l'Ouest pour adopter, par rapport à Jessee James, un point de vue comparable à celui de John Ford dans "Je n'ai pas tué Lincoln" : Il s'agit de raconter la vie du meurtrier présumé (chez Ford) ou réel (ici) d'une figure illustre, qui demeure poursuivie par la réputation que lui a valu son acte. Au même titre que le médecin innocent de Ford, Bob Ford  est avant tout coupable d'avoir tué une légende. Il ne lui reste plus qu'à faire naître un mythe. La prédilection de Fuller pour les paradoxes relatifs à l'identité américaine à travers son histoire réelle trouve son compte dans ce sujet choc, destiné à heurter la bonne conscience du spectateur, et à remettre en cause l'idéalisation dérisoire de hors-la-loi illustres, qui n'étaient en réalité que de sinistres lopettes... tout comme leurs assassins rivaux, fascinés par leur étoile, qui espéraient pouvoir à bon compte s'approprier leur gloire. Le film n'a pas la cohérence artistique et idéologique des Fuller de la maturité, mais on y trouve une introduction percutante et adéquate à son univers de bruit et de fureur, où les vrais coupables ne sont jamais ceux qu'on croit.

J'AI TUÉ JESSEE JAMES

J'AI TUÉ JESSEE JAMES

Publié dans FILMS ANCIENS

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