SPENCER TRACY

Publié le par cinestranger

Au lendemain de sa nomination à l'Oscar, pour son interprétation du Père de la mariée (Father of the Bride, 1950), la presse unanime voyait en Spencer Tracy « le meilleur acteur de cinéma du monde ». Beaucoup d'acteurs, et non des moindres, partageaient cette opinion, à l'exception de Spencer Tracy lui-même : « Comment peut-on déclarer que je suis le meilleur acteur du monde? C'est plutôt idiot. C'est comme cette histoire de l'Oscar. Je suis terriblement content de faire partie des candidats, qui sont tous d'excellents acteurs. C'est déjà un honneur pour moi. Mais si je devais gagner, est-ce que cela me rendrait meilleur que les autres? Non, naturellement. Une bonne interprétation dépend d'abord du rôle, puis de ce que l'acteur en fait. Moi, je fais du Spencer Tracy, et cela aucun autre ne peut évidemment le faire, parce qu'il n'y a qu'un seul Spencer Tracy.
Et dans ce cas il est fort probable que je sois le meilleur Spencer Tracy du monde! Dans ce cas j'aurais bien mérité l'Oscar. » Ces réflexions éclairent particulièrement bien la singularité de Tracy, qui ne fut jamais un acteur de composition. Il n'entrait pas dans la peau de ses personnages, mais les faisait entrer dans sa propre peau. D'une manière ou d'une autre ses personnages « étaient » Spencer Tracy...

Cette aptitude se manifesta pour la première fois pendant les répétitions de « The Last Mile », une pièce qui devait connaître un grand succès public. Elle était pourtant centrée sur un sujet difficile : quel droit possède la société de supprimer la vie d'un homme, fût-il un assassin?
Ce n'était pas la première fois que Spencer Tracy se produisait dans ce genre de pièces. Chester Erskine raconte : « Je l'avais déjà vu jouer mais, pour être sincère, je n'étais pas très convaincu de l'opportunité de lui confier le rôle principal dans "The Last Mile". Après une brève entrevue avec Spencer, j'allais le congédier quand quelque chose m'empêcha de le faire. Je l'invitais à venir dîner avec moi dans un endroit fréquenté par des gens de théâtre. Là, dans une atmosphère beaucoup plus décontractée que celle de mon bureau, je me rendis compte à quel genre d'homme j'avais à faire : un garçon passionné, violent, sensible et désespéré, un homme hors du commun, exactement celui dont j'avais besoin pour ma pièce. »

John Ford vit « The Last Mile ». Il fut immédiatement fasciné par Spencer Tracy et l'invita sur le champ à faire un film avec lui. Ils tournèrent Up the River (1930), une comédie qui se passait dans le milieu carcéral. Les débuts de Tracy à la Fox ne furent pourtant pas très heureux.
Parmi les films , on remarque une œuvre comme Thomas Garner (The Power and the Glory, 1933), bâtie sur un excellent scénario de Preston Sturges, traitant de l'ascension d'un industriel vers le pouvoir.


Son exaspération était telle qu'il se rebella délibérément contre la Fox, et les dirigeants de celle-ci furent, après quelques péripéties peu glorieuses, obligés de résilier son contrat. Il rejoignit alors la MGM, et ce fut le début de la seconde phase de sa carrière.
Au début Louis B. Mayer ne pensa pas que la personnalité de Tracy méritât qu'on lui fît les honneurs d'un premier rôle, d'autant plus que la place enviée de « vedette maison » était occupée par Clark Gable. C'est donc à l'ombre du beau Gable que Spencer Tracy fit ses premières armes à la MGM.


Les dirigeants de la MGM comprirent vite qu'ils avaient trouvé un grand acteur, dont le nom était digne de figurer en gros caractères au-dessus du titre du film. Spencer Tracy ne se figea pas, comme trop d'autres vedettes peu soucieuses de prendre des risques, dans l'interprétation du même personnage. Sa puissante personnalité, sa réserve, sa conviction lui permettaient d'aller d'un rôle à un autre sans en souffrir.

Il était né le 5 avril 1900 à Milwaukee,  d'un / père d'origine irlandaise, directeur d'une compagnie de transport routier, qui n'avait jamais compris que son fils n'ait pas voulu lui succéder. Plus porté sur le sport et la bagarre que sur les études, il témoignera déjà de sa singularité en ambitionnant successivement de devenir chirurgien plastique et prêtre, après un bref séjour dans un collège jésuite. A 17 ans, il entre dans la marine, pour apporter sa contribution à la Première Guerre mondiale. Elle se fera sans lui. Trop jeune, en effet, il ne franchira pas l'enceinte du camp d'entraînement. Rendu à la vie civile, il passe, en 1918, un an au Ripon Collège, dans le Wisconsin, où il aura la révélation de son don de débatteur et de ses talents d'acteur, avant d'être intégré dans la troupe de théâtre scolaire, qu'il accompagnera dans une tournée des collèges.

 Distingué par la critique, il passe l'examen d'entrée de la Sargent's School of Dramatic Art de New York et est reçu. Faut-il y voir l'inspiration de sa future sobriété de jeu, mais te premier rôle qui lui échoit est celui, muet, d'un robot, dans la pièce « R.U.R. ». En 1923, à l'occasion d'une tournée avec une compagnie de White Plains, dans l'Etat de New York, il s'éprend de sa partenaire, Louise Treadwell. Ils se marieront quelques semaines plus tard et auront deux enfants, John (1924), né sourd-muet, et Susie (1932). Ensemble, et à leurs frais, ils devaient fonder une clinique destinée à aider les enfants victimes du même handicap.

C'est en 1926 que sa réputation d'excellence commence à circuler lorsque, à l'occasion d'une répétition de « Yel-low », le metteur en scène George M. Cohan, réputé pour être peu prodigue d'éloges, bondit de son siège du premier rang et blâme la médiocrité générale de la troupe, avant de gratifier Spencer Tracy d'un « Vous êtes le meilleur acteur qu'il m'ait été donné de voir ! »


Et ce sera une variété de ses rôles, tant d'un point de vue strictement physique que psychologique. Il fut la victime tourmentée de Furie (Fury, 1936), de Fritz Lang, le sympathique pêcheur portugais de Capitaines courageux (Captains Courageous, 1937) d'après l'œuvre de Kipling, le célèbre père Flanagan dans Des hommes sont nés (Boys' Town, 1938), le terrible Stanley de Stanley et Livingstone (Stanley and Livingstone, 1939), le paysan chapardeur de Tortilla Fiat (Tortilla Fiat, 1942) d'après Steinbeck et l'aviateur romantique d'Un nommé Joe (A Guy Named Joe, 1943). L'exemple le plus accompli de cette prodigieuse aptitude à jouer des personnages si opposés se concrétisant de manière encore plus convaincante dans le rôle « dédoublé » de Dr. Jekyll and Mr. Hyde (Dr Jekyll et M. Hyde, 1941). Le contrat de Spencer Tracy avec la MGM prit fin avec son interprétation magistrale d'un ancien combattant manchot dans Un homme est passé (Bad Day at Black Rock, 1955), un thriller situé dans une petite ville isolée dans une immense étendue désertique et dont les habitants seront perturbés par l'arrivée de Tracy. Pour ce film il obtint sa cinquième nomination à l'Oscar.
Il apparut ensuite dans quelques honnêtes productions signées Stanley Kramer,  dont les  sujets constamment imprégnés de préoccupations sociales et humanistes étaient proches de ses convictions personnelles. Procès de singe (Inherit the Wind, 1960) décrivait un procès qui se déroula à Dayton, dans l'Ohio, au cours des années 20, et dans lequel un professeur fut accusé d'avoir enseigné à ses élèves la théorie de l'évolution naturelle de Charles Darwin. Tracy jouait le rôle de l'avocat de la défense (inspiré de Clarence Darrow, le véritable défenseur du professeur iconoclaste). Dans Procès à Nuremberg (Judgement at Nuremberg, 1961), il incarnait un juge tourmenté face aux criminels de guerre nazis. Enfin, Devine qui vient dîner? (Guess Who's Corning to Dinner?, 1967), le dernier film de Tracy, traitait d'un sujet assez courageux, celui du mariage inter-racial.
Ce film, dans lequel Spencer Tracy avait pour partenaire l'énergique Katharine Hepburn, est le dernier d'une longue collaboration entre les deux acteurs, commencée en 1942 avec La Femme de l'année (Woman of the Year). On sait l'importance qu'eut Katharine Hepburn pour Tracy, tant sur le plan professionnel que dans la vie privée. Pendant vingt-cinq années, ils apparurent ensemble dans de nombreux films dont les meilleurs furent deux brillantes comédies : Madame porte la culotte (Adam's Rib, 1949) de George Cukor, et Mademoiselle Gagne-tout (Pat and Mike, 1952), où ils formaient un couple antagoniste qui se retrouve à la faveur d'un procès : Tracy étant le procureur et Hepburn, l'avocate féministe.

Spencer Tracy était très exigeant avec lui-même. Il restait de longues nuits à étudier son scénario, tentant de cerner son personnage jusque dans les recoins les  plus  obscurs  de  sa  personnalité,pesant soigneusement son importance dans la trame.
Derrière ce Spencer Tracy fort et carré, à la fois confiant et rassurant, il y a un homme profondément complexe,qui buvait avec souvent son ami Humphrey Bogart. Deux semaines, en effet, après la fin du tournage de« Devine qui vient dîner » le 10 juin 1967, Spencer Tracy décéda prématurément vieilli par des décennie d'abus d'alcool et de tabac.

Devine qui vient dîner »,  vaudra à l'acteur son troisième Oscar. Le premier à avoir été| décerné à titre posthume. les 2 précédents étaient pour   Capitaines courageux en 1937et en 1938 pour Des hommes sont nés

 

EDMUND JOSEPH  ...TAXI TALKS  ...1930
ROY MACK ...THE STRONG ARM ...1930
ARTHUR HURLEY ...THE HARD GUY ...1930
JOHN FORD ...UP THE RIVER ....1930
ROWLAND BROWN ...FORTUNES RAPIDES ...QUICK MILLIONS ...1931
THORNTON FREELAND ...AMOUR ET SIX CYLINDRES ...SIX CYLINDER LOVE ...1931
EDWARD SUTHERLAND ...SKY DEVILS ...1932
BENJAMIN STOLOFF ...GOLDIE ...1931
JOHN BLYSTONE ...SHE WANTED A MILLIONAIRE ...1932
JOHN W CONSIDINE ...DISORDELY CONDUCT ...1932
FRANK BORZAGE ...YOUNG AMERICA ...1932
SIDNEY LANFIELD ...SOCIETY GIRL ...1932
RAOUL WALSH ...ME AND MY GAL ...1932
MICHAEL CURTIZ ...20 000 ANS SOUS LES VERROUS ...20000 YEARS IN SING SING ...1932
HARRY LACHMAN ...FACE IN THE SKY ..1933
JOHN BLYSTONE ...SHANGHAI MADNESS ...1933
WILLIAM K HOWARD ...THOMAS GARNER ...THE POWER AND THE GLORY ...1933
IRVING CUMMINGS ...THE MAD GAME ...1933
FRANK BORZAGE ...CEUX DE LA ZONE ...A MAN 'S CASTLE ...1933
WILLIAM WELLMAN ...LOOKING FOR TROUBLE ...1934
CHARLES F RIESNER ...THE SHOW OFF ...1934
DAVID BUTLER ...TU SERAS STAR ...BOTTOMS UP ...1934
EDWIN BURKE ...NOW I'LL TELL ...1934
HENRY KING ...MARIE GALANTE ...1934
IRVING CUMMINGS ...IT'S A SMALL WORD ...1935
TIM WHELAN ...MURDER MAN ...1935
HARRY LACHMAN ...L'ENFER ...DANTE'S INFERNO ...1935
SAM WOOD ...ON A VOLE LES PERLES KORONOFF ...WHIPSAW ...1935


J WALTER RUBEN ...RIFFRAFF ...1935
FRITZ LANG ...FURIE ...1936
W S VAN DYKE ...SAN FRANCISCO ...1936
JACK CONWAY ...UNE FINE MOUCHE ...LIBELEY LADY ...1936
W S VAN DYKE ...ON LUI DONNA UN FUSIL ...THEY GAVE HIM A GUN ...1937
VICTOR FLEMING ...CAPITAINE COURAGEUX ...CAPTAINS COURAGEOUS ...1937


FRANK BORZAGE ...LA GRANDE VILLE ...BIG CITY ...1937
FRANK BORZAGE ...MANNEQUIN ...1937.


NORMAN TAUROG ...DES HOMMES SONT NES ...BOYS TOWN ...1938


VICTOR FLEMING ...PILOTE D'ESSAI ...TEST PILOT ...1938
HENRY KING ...STANLEY ET LIVINGSTONE ..1939


W S VAN DYKE ...CETTE FEMME EST MIENNE ...I TAKE THIS WOMAN ...1939
KING VIDOR ...LE GRAND PASSAGE ...NORTHWEST PASSAGE ...1940


CLARENCE BROWN ...LE VIE DE THOMAS EDISON ...EDISON THE MAN ...1940
JACK CONWAY ...LA FIEVRE DU PETROLE ...BOOM TOWN ...1940
NORMAN TAUROG ...DES HOMMES VIVRON ...MEN OF BOYS TOWN ...1941
VICTOR FLEMING ...DR JEKIYL ET MR HYDE ...DR JEKYLL AND MR HYDE ...1941


GEORGE STEVENS ...LA FEMME DE L'ANNEE ...WOMAN OF THE YEAR ...1942


VICTOR FLEMING ...TORTILLA FLAT ...1942
GEORGE CUKOR ...LA FLAMME SACREE ...KEEPER OF THE FLAME ...1942
VICTOR FLEMING ...UN NOMME JOE ...A GUY NAMED JOE ...1943
FRED ZINNEMANN ...LA SEPTIEME CROIX ...THE SEVENTH CROSS ...1944
MERVYN LE ROY ...30 SECONDES SUR TOKYO ...THIRTY SECONDS OVER TOKYO ...1944
HAROLD S BUCQUET ...SANS AMOUR ...WITHOUT LOVE ...1945
ELIA KAZAN ...LE MAITRE DE LA PRAIRIE ...THE SEA OF GRASS ...1947
GEORGE SIDNEY ...ETERNEL TOURMENT ...CASS TIMBERLANE ...1947
FRANK CAPRA ...L'ENJEU ...STATE OF THE UNION ...1947
GEORGE CUKOR ...EDOUARD MON FILS ...EDWARD MY SON ...1949


GEORGE CUKOR ...MADAME PORTE LA CULOTTE ...ADAM'SRIB ...1949


RICHARD THORPE ...MALAYA ...1949
VINCENTE MINNELLI ...LE PERE DE LA MARIEE ...FATHER OF THE BRIDE ...1950
VINCENTE MINNELLI ...ALLONS DONC PAPA ...FATHER'S LITTLE DIVIDEND ...1951
JOHN STURGES ...LE PEUPLE ACCUSE O'HARA ...THE PEOPLE AGAINST O'HARA ...1951
GEORGE CUKOR ...MADEMOISELLE GAGNE TOUT ...PAT AND MIKE ...1952
CLARENCE BROWN ...CAPITAINE SANS PEUR ...PLYMOUTH ADVENTURE ...1952
GEORGE CUKOR ...GLOIRE ET FORTUNE ...THE ACTRESS ...1953
HENRY WEINBERGER ...LA FLECHE BRISEE ...BROKEN LANCE ...1954
JOHN STURGES ...UN HOMME EST PASSE ...BAD DAY AT BLACK ROCK ...1954
EDWARD DMYTRYK ...LA NEIGE EN DEUIL ...THE MOUNTAIN ...1956


WALTER LANG ...UNE FEMME DE TETE ...DESK SET ...1957
JOHN STURGES ...LE VIEL HOMME ET LA MER ...THE OLD MAN AND THE SEA ...1958
JOHN FORD ...LA DERNIERE FANFARE ...THE LAST HURRAH ...1958


STANLEY KRAMER ...PROCES DE SINGE ...INHERIT THE WIND ...1960
MERVYN LE ROY ...LE DIABLE A QUATRE HEURES ...THE DEVIL AT FOUR O'CLOCK ...1961
STANLEY KRAMER ...JUGEMENT A NUREMBERG ...JUDGMENT AT NUREMBERG ...1961
JOHN FORD ...LA CONQUETE DE L'OUEST ...HOW THE WEST WAS WON ...1962
STANLEY KRAMER ...UN MONDE FOU FOU FOU FOU ...IT'SMAD MAD MAD MAD ...1963
STANLEY KRAMER ...DEVINE QUI VIENT DINER ...GUESS WHO'S COMING TO DINNER ...1967

 

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