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Monte Hellman, auteur de deux des westerns les plus originaux des années 60, n'a pourtant su gagner ni la confiance des producteurs ni les suffrages du public. Un échec immérité pour un cinéaste attachant.

De tous les jeunes cinéastes ayant gravité autour de Roger Corman dans les années 60, Monte Hellman est peut-être le seul qui n'ait pas reçu la consécration qu'il méritait — malgré les critiques élogieuses décernées à ses premières œuvres — et dont la carrière a pratiquement tourné court, avec seulement huit films en vingt ans, dont la plupart n'ont connu qu'une diffusion insuffisante, voire confidentielle ou inexistante. Les producteurs n'avaient pourtant pas à craindre de dispendieux dépassements budgétaires de la part de Monte Hellman, qui a prouvé qu'il savait tirer le meilleur parti des moyens limités mis à sa disposition.

Son style : action dense et nerveuse, photographie superbe et montage impeccable.


Monte Hellman, né à New York en 1932, a ensuite vécu en Californie; dès ses études secondaires, il commence à s'intéresser au théâtre. Après ses années d'université, il entre dans une troupe locale, la Summerstock Company, à la fois comme acteur et metteur en scène, tout en entamant une carrière d'assistant monteur à la télévision. Mais il supporte mal la rigide et pesante bureaucratie syndicale et consacre bientôt toute son activité à la scène, montant notamment des pièces de Samuel Beckett et d'Eugène O'Neill. C'est alors que Hellman fait une rencontre décisive : celle de Roger Corman, qui s'intéresse quelque temps à ses expériences théâtrales avant de le persuader de s'orienter définitivement vers le cinéma et qui lui confie la réalisation de Beasl From Haunted Cave (1959). « J'étais jeté à l'eau sans même une ceinture de sauvetage », dira Monte Hellman, qui va ainsi apprendre sur le plateau les rudiments de son métier en filmant cet adroit mélange de thriller et de film d'épouvante tourné dans les neiges du Dakota du Sud.

Monte Hellman va devenir dès lors l'un des plus fidèles collaborateurs de Corman : monteur, réalisateur de seconde équipe ou assistant, sans même être mentionné au générique, il structure, élague ou au contraire rallonge les films tournés à la chaîne par l'AIP — souvent dans les mêmes décors — pour en faire des produits cinématographiques commercialement viables. Il fait aussi la connaissance de Jack Nicholson, avec lequel il va travailler sur différents projets de scénarios. Il retrouvera d'ailleurs l'acteur pour Back Door to Hell (1964) et Flight to Fury (1965), deux petits films de guerre commandés par la Fox et tournés aux Philippines pour quelque 50 000 dollars chacun, toujours selon les sains principes d'économie et d'efficacité inculqués par Corman.

Roger Corman suggère  à Hellman de tourner un western, puis, pourquoi pas, deux. Le premier, The Shooting (The Shooting, 1966), sera écrit par Adrien Joyce d'après un récit de Jack London; le second, L'Ouragan de la vengeance (Ride in the Whirlwind, 1966), par Jack Nicholson, qui interprétera les deux rôles, avec Millie Perkins. Deux œuvres puissantes et originales qui ont en commun, outre la superbe photographie de Gregory Sandor qui met en valeur les paysages désertiques de l'Utah, un scénario intelligent et subtil et une poignante atmosphère de désespérance, un sentiment aigu et tragique de catastrophe imminente. Cette construction dramatique complexe et elliptique a sans doute dérouté le public, également déconcerté par des dialogues assez insolites : avec ses coscénaristes, Monte Hellman a en effet effectué des recherches minutieuses dans les anciens journaux locaux , s'essayant à reconstituer le langage vernaculaire du vieil Ouest, tel qu'il se forma au contact d'immigrants de multiples nationalités.
Ce n'est que cinq ans plus tard que Hellman tournera Macadam à deux voies (Two-Lane Blacktop, 1971), autre chronique d'une errance et d'une vaine poursuite. Non plus cette fois sur les pistes de l'Ouest, mais sur le bitume des routes de l'Amérique contemporaine, à bord d'une vieille Chevrolet des années 50 dont les passagers paient l'essence en offrant des rodéos automobiles. Le cinéaste retrouve ensuite Warren Oates, l'un de ses acteurs de prédilection, pour Cockfighter (1974), où s'exprime, avec une acuité sans complaisance, la même fascination pour un univers marginal et désespéré. Son héros à la fois tragique et lamentable élève des coqs de combat, faisant le pari de ne plus parler jusqu'à ce qu'il trouve enfin un champion. A cette vaine passion, il sacrifie toute vie personnelle tandis que les oiseaux armés d'ergots de métal se déchirent à mort en des plans presque insoutenables pour repaître un public avide de sang.
Marginal, Monte Hellman ne l'est-il pas devenu lui-même, puisque ses œuvres connaissent une audience de plus en plus restreinte? Cockfighter fait désormais partie de ces films réputés invisibles tant aux États-Unis qu'en Grande-Bretagne. Enfin, China 9, Liberty 37 (1978) n'a trouvé aucun distributeur, alors que les rares privilégiés qui ont pu le voir considèrent qu'il s'agit d'une de ses meilleures réussites.

 

1959 LA BETE DE LA CAVERNE HANTEE
 1964 BACK DOOR TO HELL
 1964 CORDILLERA
 1964 FLIGHT TO FURY
 1966 LA MORT TRAGIQUE DE LELAND DRUM...THE SHOOTING


 1966 L'OURAGAN DE LA VENGEANCE
 1971 MACADAM A DEUX VOIES


 1974 COCKFIGHTER
 1974 UN DENOMME MISTER SHATTER
 1978 AMORE, PIOMBO E FURORE
 1979 AVALANCHE EXPRESS
 1981 INSIDE THE COPPOLA PERSONALITY
 1988 IGUANA
 1989 SILENT NIGHT, DEADLY NIGHT 3: BETTER WATCH OUT!
 2010 ROAD TO NOWHERE

MONTE HELLMAN
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Tag(s) : #REALISATEUR

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