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La mythologie du cinéma se nourrit des morts tragiques et prématurées : celle de Valentino, celle de Gérard Philipe, celle de Zbigniew Cybulsk, celle de Marilyn Monroe...

Mais jamais le mythe ne s'est aussi merveilleusement incarné que dans James Dean, dont la mort violente apparaît, désormais, comme un attribut indissociable de sa légende .

Dégaine nonchalante, cigarette négligemment accrochée au coin des lèvres, et regard hésitant entre l'abandon et la rébellion, James Dean avait su à ce point incarner la jeunesse que, cinquante ans après sa mort accidentelle, il en est toujours la figure emblématique. Passent les modes et les générations, rien ne semble en effet devoir altérer son image et son pouvoir de fascination. Une longévité par-delà la mort qui n'a d'égale que celle de Marilyn Monroe. Comme elle, il aura su fixer cette part d'éternité lovée en chacun de nous. Qu'elle s'appelle beauté, jeunesse ou sensualité, elle a pour qualité première d'être éphémère et de plonger celui qui la perd dans les affres de la nostalgie.
Dans cette cristallisation des passions autour de sa personne, il entre autant de hasard que de dispositions naturelles et d'opportunisme professionnel. James Dean eut en effet la chance d'éclore sur la scène artistique à l'époque où la jeunesse, lasse du conservatisme ambiant, aspirait à faire sauter le carcan social et culturel que lui imposaient les adultes. Comme, de surcroît, il était doté de cette faculté rare de vous entraîner dans ses dérives affectives, il n'eut aucun mal à convaincre ses contemporains que son désenchantement était le leur et qu'il était le messie qu'ils attendaient. Certes, Marion Brando avait ouvert la voie, mais il n'eut pas la « chance » de mourir jeune et au volant d'une Porsche de compétition, ce qui aurait pu contribuer à magnifier sa légende. Pas plus qu'il ne se montra dupe du personnage qu'il avait enfanté, et dont il s'empressa de miner le culte par des choix professionnels et une hygiène de vie en contradiction avec son image. Rien de tel chez James Dean, en qui l'adolescent le disputait encore à l'adulte et qui, incapable de s'assumer, chercha dans ses interprétations le moyen de se libérer dé ses angoisses et de pactiser avec ses démons. Le comédien et ses personnages ne firent bientôt plus qu'un au regard du public, qui les éleva, en trois films, au rang de mythe.

Né à Marion (Indiana), le 2 février 1931, James Byron Dean était le fils non désiré de Winton Dean et de Mildred Wilson, qui mourra d'un cancer, neuf ans plus tard. Un traumatisme pour l'enfant, dans la mesure où sa mère avait, dès le début, encouragé ses inclinations artistiques, alors que son père n'v voyait que frivolités et déficit de virilité. Au lendemain de la mort de sa femme, Winton ne fera d'ailleurs aucun effort pour retenir son fils auprès de lui, à Los Angeles, préférant le confier à la garde de sa sœur et de son mari, fermiers dans l'Indiana. Jusqu'en 1949, Jimmy passera ainsi une jeunesse rurale près de Fairmount, tout en continuant à s'accrocher à son rêve artistique. Aux yeux de la tante Ortense et de l'oncle Marcus, une bien étrange ambition pour un fils de ferme. Enfant taciturne et solitaire, Jimmy nourrit déjà une méfiance instinctive à l'égard de toute marque d'affection excessive qui lui est témoignée. Pourtant, en dépit de son individualisme sauvage, il a également soif d'approbation et de reconnaissance. Un besoin qui motivera son adhésion à l'équipe de base-bail du lycée de Fairmount.
En juin 1949, avec les encouragements de l'un de ses professeurs, transfuge de la scène, il gagne Los Angeles, où il compte à la fois reconquérir son père et s'atteler à son avenir d'acteur. Lorsqu'il comprendra la vanité de son premier objectif, il se concentrera sur le second. Dans un atelier d'art dramatique de Santa Monica d'abord, au sein de l'université de L.A. ensuite. C'est l'époque où il découvre Brando dans « C'étaient des hommes », mais aussi Montgomery Clift dans « L'héritière ». Au carrefour du magnétisme sexuel de l'un et de la fragilité psychologique de l'autre devait bientôt émerger l'acteur James Dean enrichi de ses propres qualités et défaillances. Mais Dean est encore une cavale sauvage, qui peine à se dominer et ne supporte pas la critique. Deux vices rédhibitoires pour un comédien en herbe. Il faudra la rencontre avec James Whitmore, ancien élève de l'Actors Studio, pour lui apprendre à canaliser ses émotions et à les intégrer à son interprétation, qui se limite, pour l'instant, à des spots publicitaires et à des figurations à la télévision. C'est lui aussi qui lui recommandera le voyage de New York, pour vivre au plus près sa passion de la scène.
James Dean débarque dans la métropole en octobre 1951, dans les bagages
de son mentor et amant Rogers Brackett, important producteur de télévision, mais aussi homme de culture et bien introduit dans les cercles artistiques. Il n'empêche, les portes de l'Actors Studio ne s'ouvriront pas sur un claquement de doigts, et son instabilité caractérielle autant que ses caprices de gosse mal-aimé vont lui aliéner les acteurs et réalisateurs des quelques émissions radiophoniques auxquelles il collabore. « Ce garçon n'a aucune éducation, mais il a du talent », résume l'un d'eux. Au printemps 1952, il est enfin admis à l'Actors Studio. Mais là, comme ailleurs, son indocilité et son immaturité vont gâter ses relations avec autrui. S'il n'avait eu alors Lee Strasberg et Rogers Brackett pour croire en son talent, l'histoire n'aurait jamais retenu le nom de James Dean. C'est encore Brackett qui lui décroche un rôle dans « See the jaguar ». Un four, lorsque l'œuvre entamera sa carrière à Broadway, le 3 décembre 1952. Mais, si la presse tire à boulets rouges sur la pièce, elle sait distinguer ses interprètes, et tout particulièrement Jimmy. Pourtant, malgré ces éloges, douze mois, qu'il occupe par des figurations à la télévision, le séparent encore de « L'immoraliste » et de la fin de son purgatoire. Comme de coutume, les répétitions de cette adaptation pour la scène du roman d'André Gide se déroulent dans un climat tendu, dont Jimmy est bien sûr la cause. Mais, tout aussi traditionnellement, il éblouit la critique le soir de la première, le 8 février 1954. Dans la salle, Paul Osborn, qui travaille à la scénarisation du roman de John Steinbeck « A l'est d'Eden », et qui téléphone aussitôt son endiousiasme à Elia Kazan. « C'est un morveux, mais il est le Cal Trask que je cherchais », conclura le cinéaste. Il l'est d'autant plus que l'intrigue est un calque de ses propres relations avec son père. Un antagonisme dont saura se servir Kazan.
Le tournage commence le 27 mai 1954 et, comme de bien entendu, se déroule dans une ambiance exécrable, au point que l'on créditera la gentillesse accommodante de sa partenaire, Julie Harris, d'avoir sauvé l'entreprise du naufrage. C'est dire si, au jour de sa disparition, les regrets de ses partenaires seront moins ardents que ceux de ses fans. En cet été 1954 se place son idylle avec l'actrice Pier Angeli. Son seul amour, diront certains. Un brillant montage publicitaire, diront d'autres, pour qui l'homosexualité de Dean ne fait pas de doute.

Entre-temps, la carrière de Jimmy s'emballe. Tandis que commence, le 30 mars 1955, le tournage de « La fureur de vivre », le raz de marée provoqué par la sortie d'« A l'est d'Eden » déferle sur l'Amérique et fait de son interprète une idole. Kazan est le premier étonné de l'étroite communion qui s'établit entre son héros et le jeune public, comme si Dean avait révélé les moins de 20 ans à eux-mêmes. « A l'est d'Eden » sera par ailleurs le seul film à sortir du vivant de l'acteur, qui, après « La fureur de vivre », enchaîne avec « Géant », au Texas. Une atmosphère lourde pèse sur le plateau, tant par la chaleur désertique que par les relations tendues entre Dean et le réalisateur, George Stevens, qui n'a pas, pour le jeune homme, les complaisances de Kazan et de Nicholas Ray. Une intransigeance face à laquelle le comédien réagit comme il l'a toujours fait, par la bouderie et l'obstruction. A 24 ans, Dean semble avoir décidément du mal à s'extraire de l'enfance. Avec le recul, il est d'ailleurs troublant de constater les similitudes entre ses rôles et sa personnalité tourmentée, le personnage de Jetl Rink en offrant le plus bel exemple. Marginal, introverti et mal embouché, Rink est en effet rejeté par la bonne société, alors même qu'il essaie d'en singer les manières. Un portrait qui ne pourrait pas mieux convenir à son interprète.


Lorsque, début septembre, se terminent, au soulagement général, les prises de vues de « Géant », James Dean n'a plus que quelques semaines à vivre. Déjà il s'entraîne avec le champion Mushy Callahan pour son rôle de boxeur, dans « Marqué par la haine », que reprendra Paul Newman au lendemain de sa mort. Mais, surtout, il a acquis une Porsche, qu'il a l'intention d'étrenner le 1er octobre dans la course de bolides qui doit se tenir à Salinas. Il n'y arrivera jamais. Le 30septembre 1955, à 17 h45,sa voiture s'encastre dans le break Ford de Donald Turnupseed, à l'intersection des routes 41 et 466. La vitesse de son véhicule ne lui laissera aucune chance / à plus de 200 kilomètres à l'heure...
Le 14 octobre 1955, un an avant « Géant », sort « La fureur de vivre ». A la fin de 1956, près d'une centaine de clubs d'admirateurs, regroupant 3,8 millions d'adhérents, auront vu le jour aux Etats-Unis.

HAL WALKER …LA POLKA DES MARINS… SAILOR BEWARE… 1951
SAMUEL FULLER … BAÏONNETTES AU CANON … FIXED BAYONETS …1951.
DOUGLAS SIRK … QUI DONC A VU MA BELLE ?... HAS ANYBODY SEEN MY GAI? …1952

ELIA KAZAN… À L'EST D'EDEN… EAST OF EDEN… .1955

NICHOLAS RAY ….LA FUREUR DE VIVRE… REBEL WITHOUT CAUSE …1955


GEORGE STEVENS… GÉANT … GIANT… 1956.
D'après télécinerevue

JAMES DEAN ALLOCINE

JAMES DEAN ALLOCINE

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