VITTORIO GASSMAN

Publié le par cinestranger

VITTORIO GASSMAN

Acteur et metteur en scène de théâtre de premier plan, Vittorio Gassman a également associé son nom à la comédie cinématographique italienne, se révélant en outre un réalisateur fort original.
Entre Vittorio Gassman et le cinéma, les relations n'ont pas toujours été des plus clémentes. Évoquant les premières années de sa carrière à l'écran, il écrit ainsi dans ses mémoires : « Traitant le cinéma comme il me traitait, j'affectais envers lui une attitude de snobisme méprisant, proclamant qu'il n'avait pour moi qu'une valeur vénale et lui refusant toute dignité artistique. » Il fit aussi un jour cette déclaration : « L'antipathie fut immédiate et réciproque. Le cinéma m'ennuyait, je détestais son caractère fragmentaire et équivoque, le tohu-bohu incessant du tournage. » Car pour Vittorio a passion pour le théâtre a été longtemps sans partage. Au moins jusqu'à ce que Mario Monicelli lui fasse définitivement prendre conscience des possibilités artistiques du septième art avec Le Pigeon (I soliti ignoti, 1958).


Né le 1er septembre 1922 à Gênes et décédé le 29/06/2000, Vittorio Gassman a suivi en effet les cours de l'Académie d'art dramatique de Rome avant de débuter avec succès en 1943, à Milan, dans une pièce de Dario Niccomedi, « La nemica ». Au lendemain de la guerre, sa carrière se poursuit de brillante façon, dans le répertoire tant classique que moderne. Mais c'est sous la direction de Luchino Visconti qu'il s'affirme comme l'un des meilleurs acteurs italiens de sa génération, jouant notamment dans « Comme il vous plaira », « Roméo et Juliette », « Un tramway nommé désir » et « Oreste » d'Alfieri.

En 1952, Gassman fonde sa propre compagnie, le Teatro d'Arte Italiano, et il obtient à travers toute l'Italie un succès historique avec la version intégrale de « Hamlet », puis avec le « Kean » d'Alexandre Dumas adapté par Jean-Paul Sartre, dont il assure également la mise en scène. Il portera d'ailleurs lui-même cette pièce à l'écran avec non moins de réussite, sous le titre de Kean, genio e stregolatezza (1956).

Vittorio Gassman ne garde pas un très bon souvenir de ses premiers films, qu'il qualifie volontiers de « répugnants et nauséabonds ». Il est vrai que Cinecittà le confine alors dans des rôles de jeunes premiers romantiques ou, surtout, de méchants sans nuances, qu'il joue avec un certain détachement. Pourtant, Vittorio Gassman est remarquable dans ces trois films méconnus que sont Le Chevalier mystérieux (Il cavalière misterioso, 1948) et Trahison (Tradimento, 1951) de Riccardo Freda, et La Traite des blanches (La tratta délie bianche, 1952) de Luigi Comencini.

 

La célébrité mondiale lui est toutefois venue avec un rôle peu sympathique et des plus schématiques, celui de Riz amer (Riso amaro, 1948), film de Giuseppe De Santis où, selon la spirituelle expression de Nino Frank, « les cuisses de Silvana Mangano font du tort à la peinture revendicative des rizières de Lombardie ».
Appelé à Hollywood, Vittorio Gassman y fait un séjour détestable, marqué par des films d'une extrême médiocrité et par un mariage avec Shelley Winters, qui sera d'ailleurs sa partenaire dans le peu reluisant Mambo (Mambo, 1954) de Robert Rossen. Il n'est pas sans intérêt de faire observer que, quelque vingt années plus tard, son « corne back » hollywoodien ne sera guère plus convaincant : Un mariage (A Wedding, 1977) et Quintet (Quintet, 1979) n'ajouteront rien à sa gloire, malgré la brillante mise en scène de Robert Altman.
C'est sans doute le succès de Kean, savoureuse variation sur le thème du cabotinage, qui donne alors à Mario Monicelli l'idée de tirer Vittorio Gassman de ses emplois mélodramatiques habituels et d'en faire un personnage essentiellement comique dans Le Pigeon. Pour l'imposer, Monicelli doit affronter des préjugés tenaces : « Tout le monde crut que je plaisantais. Personne ne voulait de Gassman. On me proposait plutôt Sordi ou n'importe quel autre acteur. [...] Il ne fallut pas d'efforts particuliers pour lui faire jouer le fanfaron un peu niais. Au bout de deux jours, il s'était parfaitement mis dans la peau de son personnage. » La réussite du film fut telle que le principal intéressé conclut dans ses mémoires, sans fausse modestie mais tout de même à la troisième personne : « Le film fut un petit chef-d'œuvre, qui fournit un modèle à la comédie italienne naissante... Et Vittorio, avec la désinvolture typique de ses métamorphoses psychologiques, changea d'attitude à l'égard du cinéma en général : aimé au cinéma, il se mit à aimer le cinéma. »
Avec Le Pigeon, Vittorio Gassman vient de faire une entrée fracassante dans le monde de la comédie italienne et, à de rares exceptions près, il ne le quittera plus. Ce qu'il lui apporte en premier lieu, c'est une virtuosité proprement stupéfiante, une capacité sans pareille à représenter des personnages extrêmement différents, capacité dont il fait la démonstration dans L'Homme aux cent visages (Il mattatore, 1959) de Dino Risi, cinéaste avec qui il va bientôt donner le meilleur de lui-même. Tout en continuant à se produire triomphalement à la scène, notamment dans « Adelchi », le célèbre drame romantique d'Alessandro Manzoni, il approfondit en effet ses rôles comiques en leur conférant une dimension pathétique, voire tragique. A cet égard, un film comme Le Fanfaron (Il sorpasso, 1962) de Dino Risi constitue indéniablement une étape capitale dans sa carrière cinématographique. Longtemps après, Vittorio Gassman pourra du reste observer : « Il y a peu de films qui reflètent aussi bien que Le Fanfaron une Italie où tout semblait facile », une Italie « au comble de l'euphorie économique, l'Italie de la folie des petits immeubles et des chansons, du boom et de la vulgarité », mais où déjà « se faisaient entendre les cloches annonciatrices de la crise. »
Tout au long des années 60 et 70, Gassman va  nous donner des compositions savoureuses. Par exemple dans le plaisant Mais qu'est-ce que je viens foutre dans cette révolution? (Che c'entriamo noi con la rivoluzione?, 1972) de Sergio Corbucci, où il campe un inénarrable cabotin en butte aux persécutions d'un général sadique qui mitraille le peuple mexicain aux accents du grand air des « Puritains » de Bellini, air surtout connu en France pour être devenu un classique des chansons de corps de garde (« L'Artilleur de Metz »)...

Dans la plupart des films de Dino Risi, en revanche, dans L'Audience (L'udienza, 1970) de Marco Ferreri, ou dans Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati, 1974) d'Ettore Scola, son jeu s'écarte de la technique théâtrale pour atteindre une véritable intériorité cinématographique.


Vittorio Gassman s'est livré à une réflexion très profonde sur le métier d'acteur, tant au théâtre qu'au cinéma. Il s'en est expliqué dans la revue Cinématographe : « Le cinéma est essentiellement un moyen d'expression réaliste, une sorte de miroir de vérité. Le théâtre au contraire est un miroir de mensonge. D'un certain mensonge : le mensonge
sublimé. Il n'est pas de vrai, de grand théâtre, qui ne transforme la réalité. La radiographie de la réalité m'intéresse très peu, même en littérature. Ce que j'aime, au théâtre, c'est justement le mensonge. Le théâtre est basé sur le masque. Il y a au théâtre un élément d'ambiguïté intrinsèque qui n'existe pas au cinéma. Cette ambiguïté est fondamentale, constitutive. Il ne faut pas oublier que le théâtre vient du rite. Il n'imite pas la réalité, il en construit une autre. Il n'est pas la réalité, mais une tentative pour la dépasser. Au théâtre, on peut se tromper très facilement sur la personnalité de l'acteur. Au cinéma, sa nature profonde apparaît tout de suite. Le cinéma est une radiographie de l'âme. Un imbécile, un fasciste, se reconnaissent dès le premier gros plan. Par contre, il y a eu de très grands acteurs de théâtre qui étaient des imbéciles. Parfois, ils ne comprenaient même pas ce qu'ils disaient. Ils n'auraient jamais pu faire de cinéma (...). Au cinéma le meilleur acteur est l'acteur réaliste, psychologique et très économe de ses moyens. C'est cela qui me gêne un peu, car le type de mensonge qui est à la base du théâtre m'est plus naturel que la vérité. »


C'est bien la raison pour laquelle Gassman, conscient des spécificités respectives du théâtre et du cinéma, s'est toujours considéré, quant à lui, comme un acteur de théâtre, estimant que les véritables acteurs de cinéma ne devaient pas « jouer » mais, à l'instar d'un Gary Cooper ou d'un Spencer Tracy, simplement « être » à l'écran. Mais cette vérité cinématographique, cette « radiographie de l'âme », ne l'a-t-il pas lui-même exprimée dans des œuvres comme Le Fanfaron ou comme Parfum de femme (Profumo di donna, 1974)?
Vittorio Gassman a aussi été réalisateur. Après avoir tourné, avec Adolfo Celi et Luciani Lucignani, une manière de psychodrame humoristique intitulé L'alibi (1968), il va réaliser une œuvre infiniment plus ambitieuse : Sans famille, sans le sou, en quête d'affection (Senza famiglia, nullatenenti, cercano affetto, 1971). Écrit par Gassman lui-même, en collaboration avec les talentueux Age et Scarpelli, ce film, dont le titre est un hommage transparent à Hector Malot, est une fable moderne d'une originalité déroutante, qui tient à la fois du récit picaresque, de la comédie de mœurs, du mélodrame, du roman-photo, de la comédie musicale et du pamphlet social : « Nous avons voulu que ce film fût une superposition, un mélange d'ingrédients divers, très diversifiés. Je crois que j'ai fait le meilleur choix possible en collaborant avec Age et Scarpelli, qui ont vraiment apporté leur goût de l'observation et de la critique. Nous sommes très vite tombés d'accord sur le thème, j'insiste, d'amour et d'amitié entre deux hommes. Quant à moi, j'ai insisté le plus possible sur le côté, non pas symbolique, parce qu'il n'y a pas de message, mais sur le côté théâtral, histrionique, un peu expressionniste. Nous sommes en présence de deux "masques", pas vraiment des hommes. »
 

MARIO SOLDATI...DANIELE CORTIS...1946
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GIANNETTO GUARDONE...LES AVENTURES DE PINOCCHIO...LE AVVENTURE DI PINOCCHIO...1947
MARIO CAMERINI...LA FILLE DU CAPITAINE...LA FIGLIA DEL CAPITANO...1947
GOFFREDO ALESSANDRINI...LE JUIF ERRANT...L'EBREO ERRANTE...1947
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GIUSEPPE DE SANTIS...RIZ AMER...1948


DUILIO COLETTI...LE LOUP DE LA SILA...IL LUPO DELLA SILA...1949
ALBERTO AVERSA...UNE VOIX DANS TON CŒUR...UNA VOCE NEL TUO CUORE...1949
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GIORGIO PASTINA...J'ETAIS UNE PECHERESSE...HO SOGNATO IL PARADISO...1949
ALDO VERGANO...GIULIANO BANDIT SICILIEN...1949
PIETRO FRANCISCI...LE PRINCE PIRATE...IL LEONE DI AMALFI...1950


ALBERTO LATTUADA...ANNA...1951
MARIO SOLDATI...L'HERITIER DE ZORRO...IL SOGNO DI ZORRO...1951
RICCARDO FREDA...TRAHISON...TRADIMENTO...1951
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ROBERT Z LEONARD...LA BELLE DES BELLES...LA DONNA PIU BELLA DEL MONDO...1955
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SERGIO GRIECO...LE CHEVALIER DE LA VIOLENCE...GIOVANNI DALLE BANDE NERE...1956
MARIO MONICELLI...LE PIGEON ...I SOLITI IGNOTI ...1958


MARIO MONICELLI...LA GRANDE GUERRE...LA GRANDA GUERRA...1959
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