DIRK BOGARDE

Publié le par cinestranger

Après de bons débuts, Dirk Bogarde, malgré un physique intéressant et des qualités d'acteur hors du commun, a risqué au cours des années 50 de s'enfoncer dans une médiocrité pire que la mort. C'est Joseph Losey, obligé par la « chasse aux sorcières » de s'expatrier, qui l'a sauvé et a fait de lui une grande star internationale. N'oublions tout de même pas de mentionner qu'avant cela, en 1962, Bogarde avait fait preuve à la fois de courage et de grand talent en interprétant le premier personnage d'homosexuel mis en vedette à l'écran : c'était dans la Victime, de Basil Dearden,.

Dirk Bogarde a toujours tenu à rappeler qu'il s'appelait en réalité Derek van den Bogaerde, que son père était le critique d'art du London Times et que sa mère, Margaret Niven, était une comédienne dont les ancêtres avaient brillé sur les planches depuis deux siècles. Il n'était donc pas surprenant que le jeune Dirk manifestât très tôt un irrésistible penchant pour les arts et le théâtre : tout enfant, il jouait avec sa sœur Elizabeth des pièces de sa composition devant un auditoire principalement composé d'animaux domestiques. Né le 28 mars 1921 à Londres, il fit des études artistiques assez poussées à l'University Collège School de Londres, à la Chelsea Polytechnic School of Art, puis au Royal Collège of Arts où il eut pour professeurs des artistes
Graham Sutherland et le sculpteur Henry Moore. Mais, dès l'âge de quatorze ans, Dirk Bogarde avait obtenu un emploi de menuisier dans un théâtre de la banlieue londonienne, où il montra rapidement ses talents de décorateur. C'est également là qu'il obtint son premier rôle en remplaçant l'un des acteurs d'une pièce de J.B. Priestley, « When We Are Married ».

En janvier 1941, Dirk Bogarde est enrôlé dans l'armée britannique. Affecté à l'état-major de Montgomery, il participe au débarquement en Normandie et suit toutes les campagnes comme dessinateur de batailles : deux de ses œuvres figurent d'ailleurs aujourd'hui à l'Impérial War Muséum de Londres. En 1945, il est affecté au front oriental, notamment à Singapour, puis à Java où il collabore aux émissions de Radio Batavia ainsi qu'aux activités du service de contre-espionnage. La guerre terminée, il reste quelque temps sous l'uniforme, ce qui lui laisse le loisir d'écrire des poèmes dont certains seront publiés dans une anthologie de la poésie britannique contemporaine.
 
De retour à Londres, Dirk Bogarde ne tarde guère à connaître le succès. Il joue «  La  Corde  »  à la  télévision,  puis « Power Without Glory » au théâtre. Son interprétation triomphale lui ouvre les portes des studios, notamment ceux de Hollywood où une compagnie lui propose de changer son nom et de devenir le nouveau « latin lover » du cinéma américain! Évidemment Bogarde ne se laisse pas impressionner par cette offre aussi absurde que mirifique, et c'est finalement avec la Rank qu'il signe un contrat, en 1947. Des années durant,il va essayer d'imposer un style de jeu un peu moins conventionnel que celui qui demeurait en usage, dans les années 50, dans les studios de Londres.
Dirk Bogarde est excellent dans certains thrillers comme Blackmailed (1950) de Marc Allégret, Un si noble tueur (The Gentle Gunman, 1952) de Basil Dearden et Michael Relph ou Aventures à Berlin (Desperate Moment, 1953) de Compton Bennett. En outre, son aptitude à incarner des personnages ambigus est manifeste dans Police sans armes (The Blue Lamp, 1950) de Basil Dearden et surtout dans La bête s'éveille (The Sleep-ing Tiger, 1954) de Joseph Losey. Deux œuvres, toutefois, méritent d'être plus particulièrement soulignées en raison de leur étrangeté : The Spanish Gardener (1956) de Philip Leacock et Le Cavalier noir (The Singer not the Song, 1960) de Roy Baker. Dans le premier Dirk Bogarde tient le rôle d'un domestique persécuté en raison de l'amitié étroite, mais innocente, qui l'unit au fils d'un diplomate.  Le Cavalier noir, très curieux « western » mexicain où Bogarde, tout de noir vêtu, poursuit de sanglantes expéditions anticléricales de village en village, jusqu'au jour où un curé musclé fait naître en lui un troublant sentiment de fascination.
La carrière de Dirk Bogarde va connaître un tournant avec La Victime (The Victim, 1961), de Basil Dearden.Il incarne un avocat homosexuel victime d'un chantage. Son interprétation, déroutante pour la plupart des spectateurs (de nombreux acteurs avaient d'ailleurs refusé le rôle en raison de son caractère audacieux), aura un retentissement considérable. Et de ce choix extrêmement courageux, Bogarde dira : « Ce fut la décision la plus intelligente de ma carrière cinématographique. L'image de moi qui s'était forgée pendant quatorze ans fut immédiatement brisée en morceaux. » Il va sans dire que le comédien n'en fut aucunement affecté...
Réconcilié avec le cinéma, Dirk Bogarde peut désormais choisir ses rôles et jouer sous la direction des metteurs en scène capables de tirer le meilleur parti de sa personnalité complexe et tourmentée. La première œuvre importante parmi toutes celles qui vont jalonner sa seconde carrière sera The Servant (The Servant, 1963) de Joseph Losey. A l'époque où il tournait La bête s'éveille, le cinéaste avait déjà envisagé de porter à l'écran le roman de Robin Maugham et de confier à Bogarde le rôle du jeune aristocrate asservi par son valet. Quelque dix années plus tard, le comédien était devenu trop vieux pour ce rôle, et il ne prit celui du valet que pour rendre service à Losey. Dans Écran 74, Bogarde a donné d'intéressantes précisions sur les conditions de tournage du film : « Ce fut très facile, ce n'était pas grand-chose. Le script de Pinter était très simple et le film suivait fidèlement le livre. Alors, j'avais bien assimilé le rôle et je l'ai fait comme cela, sans effort particulier. Nous nous sommes beaucoup amusés à faire
ce film, car c'est une comédie noire, comme dit Losey, plutôt qu'une tragédie. J'ai moi-même dirigé le film pendant deux semaines, Losey étant alité avec une pneumonie. Nous étions en liaison constante, moi sur le plateau, lui dans son lit d'hôpital. A chaque prise, je lui téléphonais et lui expliquais où se trouvait la caméra, sous quel angle" nous étions, quel objectif nous utilisions, et je lui demandais si cela allait ou n'allait pas. Lui me donnait son opinion
. »
« Un metteur en scène différent »
Sous la direction de Joseph Losey, Dirk Bogarde va encore tourner Pour l'exemple (King and Country, 1964) et surtout Accident (Accident, 1967), qu'il considère à juste titre comme son rôle le plus subtil, le plus difficile et le plus réussi avec celui de La Mort à Venise (Morte a Venezia, 1971) de Luchino Visconti. Il
faut dire que la rencontre du comédien anglais et du cinéaste italien a été exemplaire. Dans Les Damnés (La caduta degli dei, 1969) et surtout dans La Mort à Venise, la présence obsédante de Bogarde s'accorde admirablement aux nostalgies décadentes et suprêmement vénéneuses de Visconti. Après ce film, Bogarde, estimant qu'il n'a plus rien à prouver, songera même à mettre un terme à sa carrière d'acteur et à se consacrer à l'écriture, ainsi qu'à la peinture.
Il fallut toute la personnalité de Liliana Cavani pour le convaincre de revenir sur sa décision. Après Le Serpent (1973), d'Henri Verneuil, qu'il tourne uniquement pour s'entraîner, Dirk Bogarde endosse donc l'uniforme noir du SS romantique et sadien de Portier de nuit (Il portière di notte, 1974). Si Bogarde n'aime pas beaucoup ce film dont les ambiguïtés ont été, lors de sa sortie, très diversement   appréciées,   il   reconnaît
 

IAN DALRYMPLE...ESTHER WATERS ...1948
ARTHUR CRABTREE ...QUARTET ...1949
JACK LEE...ONCE A JOLLY SWAGMAN...1949
THORNTON FREELAND...DEAR MR. PROHACK  ...1949
MONTGOMERY TULLY...BOYS IN BROWN ...1949
BASIL DEARDEN...LA LAMPE BLEUE...THE BLUE LAMP...1950
TERENCE FISHER...SI PARIS L'AVAIT SU...SO LONG AT THE FAIR...1950


ANTHONY ASQUITH...LA FEMME EN QUESTION...THE WOMAN IN QUESTION ...1950
MARC ALLEGRET...BLACKMAILED...1951
CHARLES CRICHTON...RAPT...1952
VAL GUEST...FROMAGE À GOGO ...1952
BASIL DEARDEN ...UN SI NOBLE TUEUR ...THE GENTLE GUNMAN ...1952


PHILIP LEACOCK...APPOINTMENT IN LONDON  ...1953
COMPTON BENNETT...AVENTURES A BERLIN  ...DESPERATE MOMENT...1953
LEWIS MILESTONE...COMMANDO SUR RHODES...1954
RALPH THOMAS...TOUBIB OR NOT TOUBIB...DOCTOR IN THE HOUSE...1954
JOSEPH LOSEY...LA BETE S'EVEILLE...THE SLEEPING TIGER...1954
LEWIS GILBERT...THE SEA SHALL NOT HAVE THEM...THE SEA SHALL NOT HAVE THEM...1954
BRIAN DESMOND HURST...SIMBA...1955
RALPH THOMAS...RENDEZ VOUS A RIO...DOCTOR AT SEA...1955
LEWIS GILBERT ...L'ASSASSIN S'ETAIT TROMPE...CAST A DARK SHADOW...1955
PHILIP LEACOCK ...LE JARDINIER ESPAGNOL  ...THE SPANISH GARDENER...1956
MICHAEL POWELL...INTELLIGENCE SERVICE...1957
RALPH THOMAS...TOUBIB EN LIBERTE...DOCTOR AT LARGE...1957
RALPH THOMAS...LA VALLEE DE L'OR NOIR...CAMPBELLs KINGDOM...1957
RALPH THOMAS...SOUS LA TERREUR  ...1958
RALPH THOMAS...LE VENT NE SAIT PAS LIRE...THE WIND CANNOT READ...1958
ANTHONY ASQUITH...LE DILEMME DU DOCTEUR  ...THE DOCTOR'S DILEMMNA...1958
ANTHONY ASQUITH...LA NUIT EST MON ENNEMIE  ...LIBEL...1959
NUNNALLY JOHNSON...L'ANGE POURPRE              ...THE ANGEL WORE RED                  ...1960


CHARLES VIDOR...LE BAL DES ADIEUX...SONG WITHOUT END...1960


ROY BAKER ...LE CAVALIER NOIR ...THE SINGER NOT THE SING ...1960


BASIL DEARDEN...LA VICTIME ...1961
LEWIS GILBERT   ...LES MUTINES DU TEMERAIRE...H.M.S DEFIANT               ...1962
ANDREW L STONE...THE PASSWORD IS COURAGE...1962


BASIL DEARDEN...THE MIND BENDERS  ...1963
RONALD NEAME ...L'OMBRE DU PASSE ...THE LONELY STAGE ...1962
RALPH THOMAS...DOCTEUR EN DETRESSE ...DOCTOR IN DISTRESS...1963
JOSEPH LOSEY...THE SERVANT...1963
RALPH THOMAS...X 13 AGENT SECRET  ...1964


JOSEPH LOSEY ...POUR L'EXEMPLE ...KING AND COUNTRY ...1964
RALPH THOMAS...DERNIERE MISSION A NICOSIE  ...THE HIGH BRIGHT SUN ...1964


JOHN SCHLESINGER ...DARLING CHERIE ...1965
JOESPEH LOSEY...MODESTY BLAISE...1965
JOSEPH LOSEY...ACCIDENT...1966
DAVID GREENE...LES FILLES DU CODE SECRET...SEBASTIAN...1968


JOHN FRANKENHEIMER...L'HOMME DE KIEV...1968
RICHARD ATTENBOROUGH...AH! DIEU QUE LA GUERRE EST JOLIE...OH!WHAT A LOVELY WAR...1969
LUCHINO VISCONTI ...LES DAMNES ...LES DAMNES ...1969
GEORGE CUKOR...JUSTINE...1968
LUCHINO VISCONTI...MORT A VENISE...MORTE A VENEZIA...1971


HENRI VERNEUIL      ...LE SERPENT      .1972
LILIANA CAVANI  ...PORTIER DE NUIT  ...IL PORTIERE DI NOTTE...1973
CYRIL FRANKEL...LA TRAHISON...PERMISSION TO KILL...1974
DAVID MACKAY...PROVIDENCE...1991
RICHARD ATTENBOROUGH...UN PONT TROP LOIN...A BRIDGE TOO FAR...1976
RAINER WERNER FASSBINDER...DESPAIR...1978
BERTRAND TAVERNIER ...DADDY NOSTALGIE ...DADDY NOSTALGIE ...1990
 
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