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ORPHEE

Réalisation de Jean Cocteau,, 1950.

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AVEC  Jean Marais (Orphée), Maria Casarès (la Princesse), Marie Déa (Eurydice), François Périer (Heurtebise), Juliette Gréco (Aglaonice), Edouard Dermithe (Cégeste), Henri Crémieux (l'éditeur), Pierre Bertin (inspecteur de police), Roger Blin (poète), Jacques Varennes, André Carnège, René Worms (les juges). Renée Cosima (une Bacchante), René Lacour (le facteur), Jean-Pierre Melville (directeur de l'hôtel), Maffré (l'agent), Jean-Pierre Mocky, Jacques Doniol-Valcroze.

ORPHEE
Jean Marais

L'aspect le plus déconcertant de la fiction dans Orphée, c'est sa logique absolue et irréfutable. Si nous nous mettons face à un miroir, que voyons-nous? Nous-mêmes, naturellement, mais aussi, d'une manière imperceptiblement différente, des figures d'inconnus pour lesquels il ne serait pas inconcevable d'accéder à un autre monde. Ou bien nous verrons la porte par laquelle la mort entre et sort, comme l'explique Heurtebise à Orphée : « Regarde-toi toute ta vie dans un miroir et tu verras la mort, affairée comme un essaim d'abeilles dans une ruche de verre. »

ORPHEE
Maria Casarès

Sur une petite place tranquille en face d'un café où se retrouvent hommes de lettres et intellectuels, Orphée défend avec embarras sa position sociale lorsque soudain une Rolls scintillante apparaît, d'où descend une femme élégante et séduisante vêtue d'une veste blanche et d'une robe noire. Deux hommes, impossibles à identifier à cause des casques, gants et lunettes de moto qu'ils portent, conduisent de vrombissantes machines, avant de heurter un homme, dont ils abandonnent sur l'asphalte le corps sans vie. Le voyage nocturne de l'étrange voiture, suivie de deux motocyclettes, et le paysage mystérieusement transformé (par un passage inopiné de la pellicule au négatif) renvoient clairement à la parfaite métaphore moderne que Cocteau a créée en partant de la représentation mythique de la mort. Ce n'est pas un hasard si, dans le film, elle arrive, portée par les « anges de l'enfer ».

ORPHEE
MARIE DEA
ORPHEE
ORPHEE

Le fil conducteur d'Orphée est un thème récurrent dans la poétique de Cocteau : il s'agit du tourment du poète qui doit, tel le phénix qui renaît de ses cendres, mourir plusieurs fois avant de renaître. Orphée meurt une première fois en affirmant son amour terrestre pour sa femme, une deuxième fois pour défendre son inspiration poétique (une fausse inspiration puisque sa poésie vient plutôt de l'extérieur que de son être même), une troisième fois dans sa prise de conscience désespérée de l'impossibilité de son « autre » amour dans le monde-miroir situé au-delà de la réalité.

ORPHEE
JEAN MARAIS

Le plus surprenant, c'est que le film parvient à captiver le spectateur tout en étant bâti sur cette complexe dissertation métaphysique. On subit un véritable enchantement, au sens propre du terme. Au moment où Orphée regarde la Princesse et son escorte passer à travers le miroir qui devient immédiatement impénétrable pour lui, ou bien lorsqu'il accompagne Heurtebise dans sa descente parmi les ruines monumentales marquant les limbes qui séparent la Terre des Enfers, on se sent transporté dans l'atmosphère des grands « sériais » de Louis Feuillade, où la réalité quotidienne finissait par devenir surréelle.

En théorie, les normes qui régissent les Enfers dans Orphée, et qui permettent à la mort d'aller et venir à travers le miroir, sont simples; mais dans le film, Cocteau nous réserve un grand nombre de surprises. On se souviendra d'une séquence particulièrement significative : celle où la Princesse, en colère parce qu'Heurtebise l'accuse d'être amoureuse d'Orphée et d'avoir tué Eurydice, brise orgueilleusement le miroir d'un coup de poing (au lieu d'observer la règle de passer à travers en mettant des gants de caoutchouc), tandis que sa robe, de noire qu'elle était, devient tout à coup d'une blancheur éblouissante.

 

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Tag(s) : #FILMS ANCIENS

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